LE DIEU PAN


Par Mireille Petit

 

Par une belle journée ensoleillée, si l’on se trouve à la campagne, sur le sommet d’une montagne où bien à la lisière d’un bois à l’heure de midi,  il règne une atmosphère  mystérieuse  et  inquiétante et l’on ressent  presque une angoisse inexpliquée. C’est une heure où le soleil culmine dans le ciel et brûle la terre. Les oiseaux cessent de chanter, les serpents se cachent sous les pierres et les insectes font silence. Les Anciens, qui pressentaient les mystères de la nature,  connaissaient bien le sens de cette heure et l’appelaient  « l’heure de Pan ».

Pan est le dieu des forêts, des gorges profondes et des sommets, des solitudes terrestres. Il se cache pour ne pas être vu et sa tête toute frisée porte deux cornes robustes, ses oreilles sont  pointues, son nez présente des larges narines ouvertes,  avides et palpitantes. Sa bouche  s’ouvre par un éclat de rire et ses cris terrifiants résonnent dans la forêt. Son regard narquois est sombre et pénétrant.

 

LE MYTHE

Le dieu Pan était une divinité de la mythologie grecque. Pan était  le dieu de la totalité, de toutes les créatures vivantes et pour ces raisons, il était  relié à la forêt, mais aussi aux abîmes et aux profondeurs.
 
Il était  le protecteur des bergers et des troupeaux , le dieu de la fertilité et on le représente en général comme un être mi-homme,  mi-chèvre avec des pieds de bouc et des cornes. Ses jambes sont  hirsutes, tandis que son buste est humain. Souvent confondu avec les satyres (hommes à demi caprins, oreilles, queue et pieds de chèvre), Pan est représenté de manière moins humaine.

L’hymne homérique le considère fils d’Hermès et d’une nymphe, fille de Dryops et il serait né sur le mont  Cyllène, en Arcadie. Mais une autre version voudrait qu’il soit le fils de Pénélope et de tous ses prétendants avec lesquels elle aurait été infidèle durant  l’absence  d’Ulysse. Cette généalogie est très controversée, et selon d’autres légendes, il pouvait être également le fils de Zeus et de la nymphe Callisto ou encore de Zeus et d’Hybris, la déesse de la démesure. L’on retient davantage la première version.

Devant son apparence monstrueuse, sa mère s’effraie et  l’abandonne à la naissance et son père Hermès porte son fils sur l’Olympe pour amuser les dieux. Dionysos en particulier se réjouit et l’accueille. Ce serait l’origine de son nom : tous (Pan) les dieux furent réjouis.

Pan est représenté avec un visage orné d’une barbe et une expression  terrible qui ne l’empêche pas pour autant d’être un dieu jovial et généreux, toujours disponible  pour aider ceux qui lui demandent de l’aide. C’est un dieu solitaire qui ne vit pas vraiment sur l’Olympe, mais dans les bois ou le sommet des montagnes,  suivi par les nymphes avec lesquelles il danse et joue de son instrument. Il est très agile, rapide dans la course et imbattable au saut.  Et par sa voix terrifiante il éloigne ceux qui le dérangent provoquant une peur « panique » , terme qui découle de son nom.

Il est intéressant d’approfondir cet aspect de Pan qui le caractérise : la solitude ; dès le début, alors qu’il est abandonné par sa mère, Pan est seul. Hermès le porte au ciel, mais le présente comme une chose amusante, et ne veut pas faire savoir au monde qu’il est son père : seulement Dionysos,  qui le comprend car il a été également privé de mère, décide de s’en occuper avec amour. Dans ce contexte, la connotation de fertilité attribuée à Pan passe en second plan pour donner une plus grande importance à son destin qui lui donne de nombreuses occasions de s’accoupler mais qui ne lui permet pas de former un véritable couple ; Pan aura toujours une vie solitaire, et restera à jamais un enfant abandonné.

La  signification de « Pan » est « tout » , littéralement car selon le mythe grec Pan était l’esprit de toutes les créatures de la nature, et ce terme le rattache à la forêt, aux profondeurs abyssales, et par conséquent aux grottes mais aussi aux cimes des monts et aux coteaux  montagneux ; c’est en fait le dieu des origines de la vie et de la vie elle-même, selon la théorie des stoïciens  qui en firent le dieu de la vie universelle.

 Pan a été  assimilé par les latins à Faunus et à Silvanus, les dieux de la forêt et des animaux sauvages. Pan aimait pourchasser les nymphes mais il aimait également les hommes, comme le petit berger Daphnis qui lui enseigna à jouer de la flûte.
James Hillman , le psychologue américain jungien considère que Pan est l’inventeur de la sexualité non procréative: dans le livre  « Pan et le cauchemar » Hillman montre une opposition  très  nette  entre l’image de Pan et celle du Christ.

 

LES AMOURS DU DIEU PAN   
                                            
Pan est un dieu qui revêt une forte connotation sexuelle. Le mythe raconte ses amours avec de nombreuses nymphes : Echo dont la voix merveilleuse rendait les hommes amoureux ; Euphéné , avec laquelle il aura un fils, Crotos, devenu la constellation du Sagittaire,  Pitys pour laquelle il devra lutter contre Borée.


Son lien avec la terre et les champs le rapproche également à la Lune et aux forces de la Grande Mère ; dans un mythe reporté par Virgile dans les Géorgiques l’on raconte comment il réussit à séduire Séléné,  la déesse grecque qui personnifie la Lune.
« C’est finalement Séléné, déesse de la lune, qui révèle pleinement l’intention de Pan.  Sa configuration, son fils Musée lié à Orphée et aux mystères d’Eleusis, sont contenus dans l’histoire de Pan et de Séléné.  Afin de conquérir la Lune, on raconte que Pan dut recouvrir les parties noires et poilues de son corps d’une toison blanche. Dans le langage de l’alchimie, cela correspond au passage de l’albedo de la conscience lunaire. Ce qui résiste à la lumière, qui est obscur et impulsif, et subit la nature dans l’ignorance, devient blanc et réflexif, capable de voir ce qui se passe dans les ténèbres…..Sa relation à Séléné a été rendue possible (selas= lumière, comme celle d’une torche qui brille dans la nuit). Les semblables guérissent les semblables : Pan en devenant semblable à Séléné, lui est déjà lié»(1)

Cependant son amour le plus célèbre est celui que lui inspira la naïade Syrinx.  La légende de Pan et de la nymphe Syrinx est racontée, entre autres, dans les Métamorphoses  d’Ovide : « Au pied des montagnes glacées d’Arcadie, parmi les Hamadryades de Nonacris, la plus célèbre était une Naïade que les nymphes appelaient Syrinx. Plus d’une fois, elle avait échappé aux satyres qui la poursuivaient et aux dieux qui hantaient les forêts ombreuses et les grasses campagnes. Elle honorait, par ses activités, la déesse d’Ortygie et lui avait même voué sa virginité ; ceinte elle aussi à la manière de Diane, elle aurait pu faire illusion et passer pour la fille de Latone, si elle n’avait eu un arc de corne, au lieu de l’arc d’or de la déesse .» (2)
La nymphe Syrinx se transforma en roseau pour échapper au désir du dieu Pan. Avec le vent, la canne émettait un si beau son que Pan en fut enchanté et décida de couper d’autres cannes pour confectionner un instrument de musique auquel il donna le nom de Syrinx, connu sous celui de Flûte de pan. Ainsi, Syrinx pourchassée s’échappa et fut rassemblée post mortem (et ainsi rattrapée) alors qu’Echo pourchassée par jalousie fut rattrapée puis éparpillée dans la mort ( et ainsi disparut). L’on remarque que Pan exprime toute la dualité de l’imitation : désir/jalousie, rassembler/éparpiller, présence/absence.

« Le mot Pan est à l’origine du terme « panique », mais signifie également le « tout ». La fuite panique est une réaction protectrice même si, dans son aveuglement, elle peut provoquer la mort collective. Heureusement la flûte du dieu est là pour rassembler le tout en l'unique. Chaque tuyau de roseau symbolise chacune des brebis du troupeau et la cire qui unit les tubes, la paix ou l'absence de la manifestation de Pan.
Avant que Pan ne fabrique sa flûte, donc ne réunisse les tubes de roseau, la panique régnait dans les troupeaux et rien ne semblait pouvoir les unir de nouveau. Ainsi, la nymphe Syrinx devait-elle tenir une place de choix dans l'esprit des bergers.

Sur les sarcophages paléochrétiens du IVe S. ap. J.-C., Pan est présent uniquement à travers la représentation de sa flûte accrochée dans un arbre. Le vent, en s'engouffrant dans les tuyaux, assure l'unité du troupeau. En ne représentant que l'attribut du dieu, on choisit le meilleur parti du satyre. Ainsi Pan est-il à la fois protecteur et destructeur : d'une part, il effraie les nymphes et disperse les troupeaux, d'autre part il les réunit grâce à sa flûte, symbole de l'unité retrouvée. » (3)

Pan est le seul dieu qui mourut, selon Plutarque et sa mort fut inévitable. Le christianisme s’inspira sans doute de l’apparence de ce dieu , et le « diabolisa » pour lutter contre le paganisme et toute autre religion qui portait atteinte à son institution. La mort de Pan fut donc soutenue et encouragée par le refus de la sexualité et des instincts, même si plusieurs interprètes de Plutarque sont d’accords pour affirmer que Pan n’est pas mort et qu’il est seulement endormi et refoulé. Et lorsque l’homme perd le contact avec la nature et l’instinct personnifiés, alors l’image de Pan disparaît et laisse la place à l’image du diable.

Le christianisme associe les cendres de Pan au diable car pour la culture chrétienne il est l’adversaire de l’homme et de la création ; mais Pan n’est pas mort et il sommeille en chacun de nous et peu se réveiller si l’on retrouve un bon contact avec la nature et avec ses propres instincts.

 

LE DIEU PAN ET LE CAPRICORNE

Pan a participé à la Titanomachie et aura un rôle fondamental dans la victoire de Zeus contre Typhon,  un monstre qui voulait se venger de la mort de ses fils, les Géants,  et déclara la guerre à Zeus.  Quand il tenta de conquérir l’Olympe, les dieux s’enfuirent terrorisés et ils partirent en Egypte . Pour mieux se cacher, ils prirent l’aspect d’un animal.
Zeus se transforma en bélier, Aphrodite en poisson, Apollon  en corbeau, Dyonisos en chèvre, Hera en vache blanche, Artémis en chat, Arès en sanglier, Hermès en ibis, et Pan transforma  sa partie inférieure en poisson et se cacha dans un fleuve.

Athéna fut la seule à ne pas se cacher et en se moquant des autres dieux obligea son  père Zeus à lutter contre le monstre. Malgré que le dieu fut bien armé, le monstre réussit à l’enfermer dans une grotte où Gea l’avait conçu et lui arracha sa harpe avec laquelle il lui  coupa  les tendons des bras et des jambes et les confia à sa sœur Delphyné moitié femme,  moitié serpent .

Le dieu Pan fit peur à cette créature par son cri terrible et Hermès lui arracha les tendons de Zeus. Enfin, après avoir récupéré ses forces et ses tendons, Zeus se lança contre Typhon avec ses chevaux ailés en lui envoyant ses foudres. Zeus réussit à tuer le monstre et il l’enterra sous le mont Etna qui depuis vomit les feux de ses foudres employés durant la bataille. Et pour remercier Pan, Zeus fit en sorte que l’aspect qu’il avait en Egypte put être visible dans le ciel. C’est ainsi qu’il créa le Capricorne.

 

 

Dessin de Guy Bovet :
http://www.guybovet.org/galerie_fr.html
http://www.guybovet.org/

(1)James Hillman: Pan et le cauchemar ed. Imago
(2), (3) Patrick Kersalé :
http://patrickkersale.mundigo.com/spip/

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